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 Chroniques d'une buveuse de thé

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Hoojicha
Coeur de la Meute
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Date d'inscription : 16/11/2013

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Ecole: Emei
Talent: Chanteuse dans le désert
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MessageSujet: Chroniques d'une buveuse de thé   Lun 25 Nov - 9:40

~~~ Une tasse de thé dans les plaines monotones ~~~

Dans la vieille marmite qui l'accompagne depuis sa fuite, elle fait couler les dernières gouttes d'eau qui stagnaient au fond de sa gourde, puis elle y jette quelques miettes de feuilles de thé torréfié.
Sous la marmite elle a habilement disposé des brindilles et du petit bois, il ne lui reste plus qu'à ajouter une braise et à souffler dessus pour que le feu prenne. Bien vite des flammèches lèchent l'écorce qui crépite joyeusement : rien de tel qu'un bol de thé brûlant pour s'éclaircir les idées.

Un tasse de thé entre les mains, elle s'accorde enfin un peu de repos ; son corps n'est qu'une plaie, endolori par des jours et des jours de marche et de chevauchée à travers des plaines monotones, entrecoupées de marécages mal famés, son corps n'aspire qu'à un fragment de douceur. Elle s'allonge dans un coin maigrement herbu avec l'espoir de buller enfin.

- Aïeuuh ! Qu'est-ce que c'est qu'ce truc ? Haaan c'est pas possible, je me suis encore assise sur mes doubles dagues ? Je suis vraiment trop maladroite ! Ah non, tiens donc, voilà une nouveauté ...
Elle découvre planté dans son postérieur une petite lame émoussée, du genre projectile léger. Une égratignure.

- Elle a l'air ancien, je pourrais probablement en tirer quelques wen sur le marché ou l'échanger contre une boulette de riz aigre. Quand on a faim, on fait pas le difficile.

Elle la fourre dans sa poche, et le ventre réchauffé par le thé elle sombre enfin dans le sommeil.

Dans le coton de ses rêves, elle est de retour au village, son père a tué le cochon comme pour un jour de fête, sa mère est en train de baratter la crème, comme pour un jour de fête. Ils lui sourient et elle sent son coeur tout gonflé d'émotion. Elle reste un instant à les observer pour graver cette image bénie des dieux en elle, sa voix tremble un peu quand elle s'adresse à eux.
- Pa', Ma' ?

Mais soudain elle hoquette, une hache est fichée dans l'épaule de son père, il est ouvert de part en part ; sa mère ne baratte plus, sa tête flotte dans la crème, tranchée.

- Nooooon ! Au secours ! Aidez moi !


Personne ne semble l'entendre, elle hurle à s'arracher la gorge, elle court dans le village, les cabanes brûlent, les villageois pourrissent, les cochons s'engraissent sur les carcasses. Dans une rumeur de gros sabots une horde de barbare réduit en miette son village. Tombée à genoux, les larmes rayent la poussière sur son visage et forment un masque effrayant ; alors elle les maudit d'une voix de terre, la rage dans la bouche, elle signe dans l'air la malédiction avec les syllabes interdites dont elle est aujourd'hui l'unique héritière.

- Vous assassins, profanateurs de mes ancêtres, meurtriers de ma famille et des membres de mon clan, je vous maudis, vous pourrirez en enfer ...

La horde forme un cercle autour d'elle et chacun s'amuse à lui piquer la chair avec un pique. Puis dans un élan commun, ils disparaissent au grand galop.

Elle continue de psalmodier sa malédiction.
- Vous assassins ... assassins ... ass ...

- Houhou, mam'zelle ?

Un parfait inconnu est penché sur elle, il tient un cheval par la bride, oh pas une vieille carne des plaines monotones, non, un vrai beau cheval bien nourri à l'herbe verte.
Elle se redresse d'un bond et dégaine ses petites jumelles d'acier. D'un saut habile elle se place à distance de l'inconnu.
Inconnu, danger !

- Hé, du calme petite ! J'te veux pas d'mal ni rien, hé dis donc t'vas pas m'embrocher comme une grillade avec ton bazar qui pique là quand même ?

Il n'a pas l'air inquiet, il n'a pas l'air méchant, il n'a pas l'air vilain.
D'ailleurs il serait même plutôt agréable à regarder. L'allusion à une grillade lui fait venir l'eau à la bouche et son ventre émet un grondement de reproche.

Elle ne baisse pas la garde et lui éructe un à qui ai-je l'honneur ? mal assuré.

L'inconnu, ne semble pas remarquer le ton peu amène, sourit amicalement et bombe imperceptiblement le torse quand il se présente.

- J'suis qu'un vagabond qui connait l'plaines monotones comme sa poche ouais, comm'sa poche ! Et j'aime pas y voir une mam'zelle prom'ner toute seule, c'trop dangereux, y'a des vilains et des barbares. J'peux te guider jusqu'à la ville la plus proche, Yanyu.


- Ah oui ? Et comment je peux être sûre que tu me fais pas ton baratin pour m'entraîner dans un piège ?


Il se gratte la tête l'air embarrassé.
- C'pas faux, mam'zelle est point bête, mais ton cheval va caner, ça s'voit qu'il en peut plus, t'as plus rien à bouffer et t'es épuisée, suis un peu ta seule chance d'sortir d'ici en moins d'trois jours de marche, si tu préfères tourner en rond, t'saigner les orteils dans les caillasses, bouffer ta carne rabougrie et te faire crever par un vilain, c'ton choix. Moi j'vais par là, et si t'es aussi maligne que ce qu't'as l'air, tu m'suivras.

Il s'éloigne assez pour qu'elle puisse reprendre possession de son espace de sécurité, pas trop pour éviter qu'elle ne le perde des yeux.

Elle marmonne pour elle-même une litanie dans laquelle on peut entendre des bribes : foutu inconnu, je t'ai à l'oeil. Mais finalement le choix est vite fait : elle n'a plus de thé de toute façon, ni rien à manger, l'eau de sa gourde est rance, alors elle emballe à la hâte sa marmite, met une braise à l'abri dans un petit pot de terre, dans un petit relent de coquetterie elle refait sa tresse, puis une feuille de thé sur la langue pour la route, elle commence enfin à le suivre, à bonne distance toutefois.

Tandis qu'il trace un chemin au milieu des cailloux et de la poussière, il chantonne. Pour un vagabond il a plutôt belle allure, il marche souplement, le pied sûr ; elle le détaille sans vergogne, de la tête aux pieds, son regard s'égare sur ses fesses et elle se prends à rougir ...

Finalement le chemin réserve toujours de bonnes surprises quand on prends le temps de boire une tasse de thé.

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