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 [BG] Mitsuoka

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Mitsuoka
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MessageSujet: [BG] Mitsuoka   Lun 10 Fév - 18:52

(date d'écriture : 03/10/2013)


Le vent souffle. Il est étonnant qu'une entité si abstraite apporte néanmoins tant de promesse. Pour la plupart des fermiers du Jianghu, c'est une richesse, apportant pluie et joie. Pour certains, c'est un modèle : souvent doux, parfois violent, toujours léger. Sur chacun, il a un effet différent. Quand je le sens me caresser le visage, il déterre d'anciens souvenirs, enfouit profondément en moi. Aujourd'hui, j'entends les feuilles frissonner sur son passage, et venir cette douce torpeur, celle qui ne cesse de m'emplir de nostalgie.

Je suis née sur les routes. A l'époque, ma mère se rendait vers le sud pour retrouver son mari, membre d'une école d'arts martiaux dont elle ne savait rien. Enclavée entre les montagnes, la vallée de l'ombre fut donc pour moi un véritable foyer. Bien qu'ayant passé principalement mon enfance sur les versants environnants, j'ai tant baigné dans cette ambiance, que, maintenant encore, je me demande parfois si je réagis bien en tant que moi, Mitsuoka, ou bien si mes actions ne sont qu'émanations de mon éducation. Petite fille naïve, les premiers préceptes qui me vinrent, je les adoptait, les changeants en une véritable ligne de conduite au fil des années. Ce furent des guides, des écrins protecteurs, fourreaux où mon esprit et ma personnalité purent se former, s'endurcir sans crainte d'un monde qui se limitait alors à un mur de montagnes.

A l'âge de sept ans, j'ai donc commencé à apprendre les arts martiaux, quittant ainsi l'âge de la naïveté : l'âge de la fureur m'ouvrait ses bras. Je sais que certains trouveraient à y redire, arguant qu'ils ne sont pas faits pour la mort, pour la destruction. A ceux-là, je répondrais que leurs enseignements est bien différents entre la vallée, comme j'aime à l'appeler, et les autres écoles. Je ne m'étalerais pas sur le sujet, néanmoins : notre réputation n'est plus à prouver, et les actes valent bien plus que de maigres paroles.

Au fil des années d’entraînement, j'ai pensé avoir atteint une maîtrise conséquente, de ne pas avoir mon pareil au combat. J'étais jeune, adolescente, idiote en somme, mais surtout, j'étais bouffie d’orgueil. Il faut dire que, de mes combats, je sortais souvent victorieuse, ou avec des félicitations, parfois même de nos maîtres : cela n'arrangeait rien. De plus, bien que mon entraînement n'était pas terminé, j'avais pris le goût de l'aventure, ayant hâte de me retrouver face à de puissants adversaires, pensant les vaincre aisément.

J'ai rejoint le Suzhou plusieurs mois plus tard. J'y ai passé un long moment, me confortant dans l'idée de ma puissance. Maintenant, je sais qu'il n'en était rien : je n'étais qu'une enfant qui s'attaquait à d'autres enfants, sous le regard sceptique des anciens. On aurait dû me stopper, me faire entendre raison. Personne n'en fit rien. Je devins grossière, sauvage, violente, plus que je ne l'avais été. Je n'hésitais pas à frapper, à tuer même, pour des raisons futiles. Je pense que le fondateur de notre école aurait été fier de moi. C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à consommer de nombreuses herbes, et surtout de l'opium, laissant leurs effets m'anéantirent l'esprit, le couvrir de brume. J'en devins vite dépendante, et, aujourd'hui encore, il m'arrive d'y succomber lorsque la tentation devient trop forte.

Dans mon esprit, j'eus même la présomption de me croire invincible. Je ne pensais pas qu'un combattant puisse me défaire, et les autorités étaient bien trop occupées pour s’occuper de moi. Mon temps, néanmoins, toucha à sa fin.

C'était un étranger. Il était venu par la mer, d'une île proche. Certains de mes compagnons s'en prirent à lui, espérant revendre ses affaires, et garder ses liangs. Je n'étais présente ce jour-là, je n'étais pas en état : j'avais fumé bien trop d'opium. C'est seulement quelques jours plus tard que j'ai appris qu'il les avait tué, de la bouche d'un témoin qui s'émerveillait de ses techniques de combat. Ce jour-là, la rage m'a consumé de l'intérieur, et je suis allée le défier.

Il refusa d'abord le combat. Je le pensais lâche, je le sais maintenant sage. Finalement, je dut attraper une fille par les cheveux et menacer de l'égorger pour le convaincre. Sur sa demande, nous sommes sortie sur la place, pour ne rien briser chez le marchand où il se trouvait. Je n'oublierais jamais le visage de cet homme, semblant avoir été taillé dans la pierre. Coincé sous son bras, il portait aussi un long sabre, dont un héron était gravé sur le manche. Pourtant, sur le moment, je n'ai rien remarqué. Il m'a affirmé ne pas vouloir se battre contre une femme, et cela m'a fait perdre pied. Je me suis ruée sur lui.

Je me suis réveillée cinq jours plus tard. J'avais passé trois jours aux portes de la mort, avant de finalement faire tomber la fièvre. C'est par l'apothicaire que mes souvenirs de ce combat me sont revenu. Je m'étais déchaînée sur lui, frappant pour tuer, mais chaque coup, chaque frappe rencontrait sur son chemin son sabre. Il avait attaqué une fois. Un seul et unique coup, qui, pourtant, avait failli m'ouvrir en deux. Après quoi, il s'était agenouillé devant moi pour me soulever, et m'avait, étrangement, déposé dans le lit où j'avais failli pousser mon dernier soupir.

Les premiers jours, j'en voulais au monde, et surtout, à moi-même. Non de n'avoir pas vaincu, mais de ne pas être morte. En un instant, mon monde avait basculé. Tout semblait faux, je me sentais trompée, humiliée. A quoi bon apprendre, si c'était pour un tel résultat ? Un seul coup de sabre m'avait anéanti.

Ma convalescence fut difficile, non physiquement mais bien mentalement. Passant mes journées assise à observer le monde, devant mes yeux ne se dressait pourtant que ma défaite. C'est la mélodie d'un zither qui me sauva. A chaque note, je sentais mon esprit s'apaisait, doucement, emporter par les doux flots de sa symphonie.

Je n'ai jamais songé à me venger. J’aurais dû, sans doute. Cette expérience m'a finalement assagi, il semblerait. Un zither a rejoint mes sabres dans mon dos, et, comme ceux-ci, je ne le quitte plus. Parfois, lorsque le vent souffle et que les souvenirs reviennent, je l'empoigne à nouveau, et j'en joue. Non pour moi, non pour mon école, mais pour un visage de pierre. Lorsque la brise me caresse, je rêve, non de batailles, non de rire, mais d'un sabre marqué d'un héron. Et ce merci, il ne s'adresse non au vent, mais à un maître inconnu qui m'envoya aux portes de la mort pour me sauver.


Dernière édition par Mitsuoka le Mer 12 Fév - 0:49, édité 1 fois
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Mitsuoka
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MessageSujet: Re: [BG] Mitsuoka   Lun 10 Fév - 18:54

(16/10/2013)


[HRP]Attention, certaines scènes peuvent choquer/gêner les esprits les plus sensibles.[/HRP]

Je n'ai pas toujours été ainsi. Il y a eu une époque dans ma vie où les préceptes que je suivais alors étaient bien sombre. L'arrogance, la haine et la mort me parlaient plus que le vent, l'herbe et le ciel. Mes journées me servaient à semer la terreur et mes nuits étaient faites d'opium et de débauche, souvent, d'ailleurs, pour payer celui-ci. Mon sabre était mon seul ami, la seule chose en qui j'avais une confiance totale. Je ne compte plus le nombre de fois où le sang a coulé sur l'acier froid. Aussi, je ne compte plus le nombre de fois où ce sang venait du corps d'un homme ou d'une femme ne m'ayant adressé un seul regard. J'ai aussi oublié combien de fois ce sang venait d'un enfant.

Je vois ton regard. Je sais ce que tu penses. Je le comprends aussi. Comment puis-je vivre avec cela sur la conscience ? Je l'ignore. Parfois, j'oublie tout, je ne vois rien, mais il m'arrive d'observer deux yeux dans la brume. Ce sont toujours ceux d'un enfant, et la question reste la même. Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu tué ? Que t'avais-je fait, du haut de mes quelques années, pour que tu me haïsses tant, pour que tu frappes avec autant de force ? Étais-je semblable à un fils ou une fille arraché à tes bras ? Le fruit de l'union d'une personne que tu aimais avec une autre ? Un frère ou une sœur perdue ?

C'est dans c'est moment là que je replonge, que la tentation se fait trop forte, que j'ai besoin de toutes c'est herbes, qui m'abrutissent le corps et l'esprit. Pas parce que les yeux voient juste : non, ou j'aurais presque pu le comprendre. Au contraire, c'est bien car il n'y avait aucune raison à mes gestes que cela est pire. Ce que je faisais, ce n'était pas par envie, ni même par plaisir sadique. Non, je le faisais simplement car je pouvais le faire. Il n'y avait nul but, nulle raison à tout ceci. Pas de liang à la clef, ni même de sourire coupable. Mon visage restait impassible. Je crois que tout était presque devenu un réflexe. Lorsque, au cours de nos pérégrinations, mes compagnons de l'époque et moi-même arrivions devant une ferme, je ne calculais même pas la richesse que je pouvais obtenir en l'assaillant. Si nous pouvions les tuer, nous attaquions. Dans le cas contraire, nous passions notre chemin.

Nombreuses furent les rizières qui se tintèrent de pourpre à notre passage. Nombreuses furent les femmes qui, après avoir subi les attentions de mes compagnons, furent vendues pour quelques pièces de bronze. Les enfants, eux, étaient attachés à nos selles par les poignets, et tirés ainsi alors que nous nous élancions au galop sur les chemins. Nous étions sans pitié, fracassant les vies sur notre passage, esprits vengeurs déchaînés. Rien ne semblait pouvoir nous arrêter. Il faut dire que dans notre furie, nous ne laissions aucun survivant : même le bétail était abattu. Les autorités, tu dis ? Et que pouvaient-elles donc faire ? Tout nos méfaits étaient mis sur le dos des bandits et autres tueurs traversant le Suzhou. En somme, nous restions libres, presque innocent même.

Si j'étais mauvaise ? La réponse me semble évidente. J'ai tué, que ce soit par le fer, le feu, l'eau, ou même à mains nues. J'ai tranché la main d'un homme qui l'avait trop laissé traîner à mon goût. J'ai arraché la langue à un autre, pour ne pas m'avoir remercié de lui avoir cassé le nez. J'ai marqué une femme au fer rouge, car je trouvais qu'elle ne donnait pas assez de plaisir à mes compagnons. Un enfant, pour avoir fait ruer mon cheval par ses jeux, fut pendu. Le nourrisson, hurlant alors que les champs de ses parents brûlaient, fut jeter dans les eaux tumultueuses de la rivière. Tout cela car ses cris me gênaient. Je pourrais continuer, la liste est longue, mais tu sembles mal à l'aise. Ne veux-tu rien savoir de ce que j'ai fait avec des clous, ou même du sable ?

Ce que je te dis là, c'est pour que tu comprennes. Tu dors, et tu ne te souviendras de rien. Il faut pourtant que tu le saches. Nous portons tous quelque chose de néfaste en nous. Un passé, des envies, des pensées. Elles nous guettent, nous attendent, pour surgir, plus forte que jamais. Il n'existe que deux moyens pour s'y soustraire. L'oubli, et la mort. Si le Héron m'a tué, je peux t'affirmer que cette dernière solution n'est guère efficace. La Mort est intemporelle, et la colère, la haine, survivent aisément en elle. Non. Ce qui t'attend est la route la plus difficile, la plus tortueuse. Tout ce qui nous entoure n'a de pouvoir que ce que nous leur donnons. Ne crois pas en tout, mais ne crois pas en rien non plus : chacun a besoin d'un but pour avancer. Tout est dans l'équilibre

Ce sera difficile, bien plus que pour moi, mais tu n'as rien à perdre à le tenter. J'ai eu la mort, mais tu as le devoir. Et si la mort est plus légère qu'une plume, le devoir est plus lourd qu'une montagne.
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MessageSujet: Re: [BG] Mitsuoka   Lun 10 Fév - 18:55

Interlude


J'ai cru que je pouvais changer. Sincèrement, je crois que je l'ai vraiment voulu. Repousser mon passé, l'oublier même. J'avais réussi, je pense. Mes sabres ne m'étaient plus utiles, seul mon zither avait encore une importance dans ma vie, lui et sa mélodie. Cette paix intérieure, ce détachement de la faim, de la douleur, de la tristesse et même de la mort, je l'avais saisi entre mes doigts, et je l'avais gardé contre moi. Durant combien de temps ? Quelques années, ou une décennie ? Tant de moments sans trouble, avec seulement le silence comme compagnon. Évidemment, ça ne pouvait durer. J'ai quitté les chemins, je me suis arrêtée. Je pensais pouvoir profiter de ma nouvelle conscience, enfin. Les premières semaines, c'est ce qui s'est passé. Tout était parfait. Plus ou moins, évidemment : c'est dans la nature de l'être humain d'attirer les ennuies. Et moi, j'ai toujours eu plus de chances que les autres pour cela...

Je ne porte cette marque que depuis quelques jours, mais il ne m'a fallu que quelques minutes pour commencer à sentir sa présence. Cette paix, si fragile et délicate, obtenu après tant de douleurs, elle a volé en éclats, cristal de pureté percutant une montagne d'ombre. Ce détachement, il s'est fissuré, abattant les murs d'oubli que j'avais peiné à dresser. Mais cette marque, en pénétrant en moi, n'a pas découvert une jeune fille innocente, non. Elle a trouvé ma propre noirceur, ma propre ombre. Tout ce chaos que j'avais jeté dans un puits pour oublier, il a surgi des profondeurs de mon âme, ronflant de tant d'absence. Il m'en veut, me pousse à l'action. Il est affamé, il a déjà trop attendu. Son seul désir est d'éclater, de se répandre. Je le sens déjà qui suinte de mon corps, me rendant brusque, violente. J'essaye de garder le contrôle, sur mes gestes, mon corps, et mon esprit, dans cette bataille mentale contre moi-même, mais c'est dur, tellement dur. Je pourrais, je crois, réussir. Du moins, si j'en ai la force, et que cette bête qui attend en moi ne se fait pas trop présente. Pourtant, ce n'est pas elle qui m’inquiète le plus.

Je croyais, au début, que cette marque n'était qu'une pierre. Pierre qui, bien lancer, pouvait réduire en cendres des murailles. Un simple déclencheur, un loquet pour ouvrir les portes les plus enfouies. Je sais maintenant que ce n'est pas le cas. Je connais ma propre ombre, j'ai tant vécu à ses côtés que je pourrais même la décrire, lui donner forme humaine dans mon esprit. Elle n'est pourtant pas seule en moi. Il y a quelque chose d'autre, quelque chose de tout aussi noir, véritable parasite qui me parcourt. Ils veulent la même chose. Cette envie, ce besoin de tuer, de détruire, de haïr, il est si puissant qu'il me fait chanceler. J'en suis réduite à l’état d'équilibriste, perchée sur une corde tendue dont le sol en contrebas serait fait de sang. Quelle que soit l'endroit où je tombe, quel que soit la voix que j'écoute, le résultat sera le même. Par moments, des vagues de colère explosent dans mon crâne, et mon seul désir est alors de briser, de détruire ce qui m'entoure. J'ai pu me contenir, mais pour combien de temps encore ?

Cette haine n'est pas la seule réaction que semble provoquer cette marque. Si, bien sûr, mon imagination ne me joue pas des tours, et qu'elle ait un réel effet. Je rêve d'un étrange château, noir comme la nuit. Il emplit chaque songe, chaque instant éveillé, même, où mon esprit n'est pas occupé. Je le vois qui se dresse, loin, à la frontière de ma conscience, m'appelant. Quel est ce lieu ? Je l'ignore. Dois-je le chercher ? Le fuir ? Ou n'est-ce qu'un cauchemar, qui disparaîtra avec le temps ? Encore une fois, je ne sais. 

Aussi, j'ai l'étrange sentiment que je dois me tourner vers l'Est. Souvent, mon regard y dérive, et je fixe alors l'horizon un long moment, jusqu'à ce que quelqu'un m'en détourne. Là-bas, loin, on m'attend. Je dois suivre ce chemin qui n'existe que dans mon esprit. Peut-être y trouverais-je des réponses, un espoir, ou au contraire la mort. Quoi qu'il en soit, je dois le faire, répondre à cet appel, ce besoin, si puissant, qu'il en devient vital.

Je ne peux qu'avancer dans le brouillard, aidé par mon simple instinct. Au final, c'est ainsi, car qui peut vraiment comprendre ce que je ressens ? Je ne connais qu'une personne ayant eu une marque presque semblable, j'ignore si d'autres la porte aussi. Elle la voyait comme une malédiction. Je la vois comme un miroir, un reflet de ma propre personnalité, la vrai, caché aux yeux de tous. Je me bats contre deux ennemis, la marque sombre et moi-même. Je ne me fais guère d’illusions sur mes chances de victoire. Néanmoins, je ne compte pas abandonner, je ne compte pas me laisser faire. Je vais lutter, je ne vais pas fuir. Je ne sais pas encore comment, je sais juste que je vais le faire, pendant que je ne suis toujours pas submergé par touts ces sentiments, par toute cette colère, cette haine, qui m'a déjà dévoré une fois, et qui menace de recommencer.
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MessageSujet: Re: [BG] Mitsuoka   Lun 10 Fév - 18:56

(03/02/2014)


J'étais libre. J'étais en piteux état, mais j'étais libre. C'est du moins ce que je croyais. L'affrontement avait été âpre, mais l'ombre avait disparu. Pourtant, si mon corps récupéra rapidement de ses blessures, il en était tout autrement de mon esprit. Piétiner, broyer, un pan entier de ma mémoire avait disparu dans les limbes : j'ignorais totalement ce que j'avais fait, pendant cette semaine où j'avais perdu le contrôle, de mes gestes et ma pensée. A la place, l'horreur s'était insinuée en moi. Chaque nuit, mon crâne était empli de souvenirs qui n'était pas les miens. Je me voyais battue, torturée, enchaînée. Je sentais mes os se briser, ma peau se déchirer. Je ne compte même plus les soirs où je me suis réveillée, haletante, tâtant ma poitrine ou mon ventre à la recherche de mon propre sang. J'en vins même à avoir peur de dormir, à tenter par tout les moyens de rester éveillée, refusant de vivre dans les rêves ce que j'avais moi-même infligé dans ma jeunesse. Le rire, quant à lui, était le pire. Un rire sous-jacent, que j'entendais derrière mes hurlements. J'y lisais une colère, une haine incommensurable. Chaque soir, il s'approchait. De ses crocs blanchâtres goûtait une bile sombre, noir, qui me recouvrait peu à peu, s'infiltrant dans chaque pore de ma peau, s'insinuant dans ma bouche, couvrant mes yeux, jusqu'enfin m'engloutir.

J'aime à penser que j'aurais pu vivre ainsi, que j'avais assez de courage pour cela. Nombreux sont ceux qui romance leur vie, la rendant plus excitante. Alors, elle est semblable à une aventure, riche en péripéties, en amour véritable et amitiés, trahisons et trésors, et, évidemment, cette histoire fini bien. C'est ce que j'ai essayé de faire. Cachant la vérité au plus profond de moi, comme je l'ai si souvent fait, j'ai cru réussir. J'ai repris courage l'espace d'une semaine, un sourire revenant flotter sur mes lèvres. Dans un jardin de merveille, où l'herbe fraîche s'élève jusqu'à caresser les genoux, où les arbres mille fois centenaires couvrent le ciel de leurs feuilles roses, j'ai cru pouvoir tenir. C'était ma dernière forteresse, mon refuge secret. Aucun doute, aucune peur n'avait jamais franchi le seuil, que je considérais comme inviolable. Dans cet ultime lieu de repos, de beauté, je me sentais capable d'affronter l'éternité. Ici, je me sentais redevenir une petite fille innocente. Quand je me tenais assise sous le plus ancien des arbres, je n'avais jamais brandi le sabre. Pour beaucoup, j'étais redevenu Mitsu, la femme au caractère de chien enragé, lançant pique sur pique, parfois provocante, mais avec toujours un sourire cynique aux lèvres. C'était avec ce visage qu'on m'avait rencontré, c'était donc ce masque que j'avais repris. Mais, comme dans toutes les histoires, cela ne pouvait durer.

Il a déferlé au crépuscule, à l'instant même où le soleil disparaissait à l'ouest. Cette fois-ci, même mon jardin aux merveilles ne me fut d’aucun secours. Dévastant mon esprit, j'ignore encore pourquoi je ne suis pas devenue folle ce soir-là. Tout ceci n'était que le fruit de mon imagination, je le savais, à moins que les esprits de mes victimes revenaient me hanter. Mais j'avais peur, terriblement. Je ne voulais plus que me rouler en boule, et me laisser aller à pleurer. Même ceci me fut refuser. J'étais à bout. Et j'ai fui. Non parce qu'il ne s'agissait que de l'unique solution, mais bien car c'était la plus facile. Mes affaires, je les ai laissés sous l'immense arbre, qui m'avait tant écouté, tant accueilli, lorsque je ne voyais que ténèbres. Même mon précieux zither, qui savait faire briller les étoiles dans mon esprit. Peut-être que quelqu'un l'a retrouvé, peut-être qu'il en joue à ce moment même. Si c'est le cas, je souhaite qu'il lui apporte autant de bonheur qu'il m'en a apporté.

Revêtue d'une vieille cape, capuche sur la tête, une dernière fois, j'ai observé ceux que j'avais côtoyé pendant plusieurs mois. Dans la foule, ils ne me voyaient pas. La tête baissée, la peau noircie par la suie, et mes guenilles me donnaient l'air d'une malade, d'une paria. C'est sans doute à ce moment que j'ai compris que c'était ce que j'allais devenir. J'aurais pu m'arrêter, jeter à bas mes frusques, et les rejoindre. Je ne l'ai pas fait. La peur, toujours me suivait : il était temps pour moi de revenir dans l'ombre.

J'ai quitté le Jianghu, vers la seule destination où je savais pouvoir trouver des réponses, du soutien : nulle part. J'avançais droit devant moi, sans réel but. Je gravissais des collines seulement pour voir ce qu'il y avait au-delà, je traversais des forêts avec pour seule raison d’apercevoir ce qu'elles cachaient. J'ai vu des horreurs côtoyant des beautés, des lacs semblable à des miroirs d'opale, et des constructions défiant l'imagination humaine, comme cet immense mur, s'étendant au-delà de l'horizon, que j'ai franchi à la faveur d'une nuit. Plus loin, j'ai découvert des steppes décharnées, parcourue par de puissants cavaliers, archers hors pair, parlant une langue qui m'était inconnue. A plat ventre, je les ai laissé passé, redoutant de me montrer, avant de continuer ma route. J'ai continué vers le nord, mes yeux avalant chaque découverte, chaque détail. Je n'avais jamais quitté le Jianghu, tout ceci m'était inconnu. Aux premières steppes en succédèrent d'autres, qui me stoppèrent par la neige qui ne cessait d'y tomber. Durant une journée, j'ai hésité. Je n'avais qu'à me débarrasser de mon manteau, et me coucher ici : la mort ne mettrait que peu de temps pour me prendre, et, avec elle, le silence. Il n'y avait que le froid, et le vent, qui soufflait, encore et toujours, manquant parfois de m'envoyer au sol. A mon oreille, ses cris se firent toujours plus fort, plus puissant, tandis que je déboutonnais mes habits, que je les laissais tomber à mes pieds. Je me suis couchée dessus, confort précaire, en laissant l'air geler dans mes poumons. Bien vite, mes paupières se firent lourdes. Je sentais le sommeil venir, et un grand calme m'envahit. Après tout, il faisait froid, mais c'était supportable. Mon esprit, l'espace d'un instant, fut clair. L'espace d'un instant, j'ai compris ce qui m'arrivait, et je n'avais pas peur. C'était inévitable maintenant. Doucement, j'ai commencé à me sentir dériver. De nombreux souvenirs sont revenus. Sans vergogne, j'ai chassé du revers de la main les plus sombres, ne gardant que les souvenirs heureux. Il y en avait peu, mais il y en avait tout de même. Parfois une simple parole, une fleur, un son, un geste. A ceux-ci, j'ai rajouté, enfin, ce moment, cet instant précis. J'étais heureuse, la boucle était bouclée, les regrets de ce que j'aurais pu encore accomplir n'arrivant nullement à diminuer mon bonheur. Alors, j'ai fait ce qui me restait à faire. J'ai fermé les yeux.

Je me suis réveillée dans une petite cabane, un tas de fourrure impressionnant me recouvrant. C'était une petite pièce, avec le strict minimum. Une vieille femme me fit signe de rester coucher, alors que je tentais de me relever. Je ne comprenais pas la langue qu'elle parlait, mais, bien vite, nous eûmes notre propre langage, composé de quelques mots et surtout de signe. C'est ainsi que je compris qu'elle m'avait découverte alors même que je fermais les yeux. Dans la tempête, je n'avais pas vu sa cabane, toute proche. Elle était sortie pour raccrocher un volet qui battait, que la fureur du vent menaçait d'arracher. Elle avait alors aperçu, non loin, un pan de mon manteau qui claquait sous moi, et m'avait tiré de la neige pour me sauver. Je ne lui en voulais pas, elle avait fait ce qu'elle penser être juste.

J'ai passé de longues journées coucher, avant même d'avoir la force de me lever pour l'aider. Nous parlions peu, notre langage étant de toute façon trop peu développé pour cela. Elle ne me demanda pas pourquoi elle m'avait retrouvé nue au milieu de nulle part, et je lui rendis la pareille en ne lui posant aucune question sur les tombes à l’arrière de sa cabane, et sur les raisons qui l'avaient emmené jusque ici, loin de tout. Notre accord tacite fonctionna à merveille. Dès que je put, je l'aidais, du mieux que je pouvais. Au bout de deux semaines, elle me demanda de rester encore quelque temps, avant de reprendre ma route. Sans mal, j'acceptais : je n'avais aucun endroit où aller, ici étant pour moi semblable à ailleurs. Peu à peu, elle commença à devenir de plus en plus bavarde, évoquant sa jeunesse, sa vie, quoique sans jamais faire mention de sa présence ici. Un après-midi, elle m'emmena vers les trois tombes. La plus à droite était vide. Durant un long moment, nous sommes resté ainsi, en silence, immobiles, moi dans mes pensées, elle dans les siennes. Finalement, elle se tourna vers moi, et me fit promettre de l'y enterrer à sa mort. Troubler, j'ai accepté, à cause de ses yeux embués de larmes. Le soir, elle a insisté pour que nous préparions un véritable festin, au risque de consumer ses maigres provisions, produits de chasse et de pêche. Nous n'avons même pas réussi à en dévorer la moitié, mais elle était contente, et, de la voir ainsi, après la promesse que je lui avais faite plus tôt, me réconforta : avec un peu de chance, elle me survivrait même : c'était un véritable roc, que je trouvais infatigable. Avant de souffler la bougie, elle me remercia pour l'excellente journée qu'elle avait passé.

Je me réveillais tôt le lendemain, préparant le déjeuner sans bruits, pour ne pas la déranger. Quand enfin ce fut fait, j'allais la réveiller. Je n'ai pas eu besoin de poser mes doigts sur sa gorge pour comprendre qu'elle était morte dans son sommeil.Un fin sourire perlait au coin de ses lèvres, et elle semblait bien plus jeune que je ne l'avais cru, le repos éternel ayant fait disparaître chaque souci, chaque peine de son visage. J'ai tenu ma promesse. L'enveloppant dans un linge, aussi blanc que son teint, je l'ai déposé dans la tombe vide. Elle portait dans une sacoche de nombreux parchemins : ses mémoires, sa vie qu'elle avait couchée sur de l'encre, maux parmi d'autres mots, comme je le fais maintenant. Je ne pouvais pas les lire, différence de langage oblige. Je les ai plié tous ensemble, avant de les déposer sur sa poitrine, et d'enfin la recouvrir de terre. Dans un silence morbide, j'ai pris mon déjeuner, avant de ranger les restes de la veille dans un vieux sac en toile. Suivant ses dernières indications, j'ai déposé l'ensemble du bois dans la cabane, les rangeant parfaitement contre le mur. Une dernière fois, j'ai nettoyé tasses, verres, assiettes. Une dernière fois, j'ai nettoyé le sol. Enfin, j'ai pris avec une pince en métal une bûche qui brûlait, et je l'ai déposé sous le lit. Le feu a pris aussitôt, les flammes venant défier la cime des arbres. C'était son souhait.

Pour la première fois, c'est à cette période que j'ai envisagé de revenir dans le Jianghu. Je ne pouvais fuir éternellement. Pourtant, le monde était grand encore, et, j'en étais sûre, il restait de nombreuses merveilles à découvrir. Je suis néanmoins revenue sur mes pas. Seule la neige m'attendait au nord. A nouveau, j'ai traversé les immenses steppes. Cette fois-ci, à la faveur d'une nuit, j'ai eu l’occasion de voler une de leurs étranges montures : un cheval de petite taille, presque minuscule, comme je n'en avais encore jamais vu. De justesse, j'ai réussi à leur échapper, une flèche dans la cuisse. Dans une petite bourse, j'ai encore aujourd'hui la pointe de celle-ci. Je ne la garde pas comme une leçon, mais comme un souvenir. On y trouve aussi des pierres, anneaux, tissus, et même une bague. Certains sont anciens, d'autres non. Parmi eux, on trouve des fragments de pierres de chaque lieu que j'ai visité. Ils sont nombreux, et même si je sens la nostalgie me gagner lorsque je les touche, je continue à les amasser, et je continuerais jusqu'à ne plus avoir la force de les ramasser.

J'ai continué au sud, je ne me suis pas arrêtée au Jianghu. Je ne suis même pas rentrée dedans. Je l'ai contourné, tout simplement. Je pense que je n'étais pas prête. Ma fuite, ou comme j'ai commencé à l'appeler, mon voyage, n'était pas encore terminée. J'avais bravé le nord, mais il me restait tant à voir. A l'est, je savais que s'étendait la mer. J'ignorais totalement ce qui se trouvait le plus au sud et à l'ouest. Alors, j'ai observé le vent. Il m'avait toujours guider, et, lorsque je reposais nue dans la neige, c'est ses bourrasques qui avaient fait sortir la vieille femme. Je me souviens encore précisément de ce jour-là. Je me tenais au sommet d'une colline verdoyante, seule : j'avais dû relâcher l'étrange cheval pour passer l'immense muraille qui empêchait toutes attaques des cavaliers vivant dans les steppes. Le vent restait imperceptible à ce moment-là. J'ai fermé les yeux, écartant les bras, pour sentir sa caresse. Alors, il s'est mis à souffler. Sous mes yeux, je voyais les collines entières ployer sous sa force. Les herbes, me montant jusqu'à la ceinture, se couchaient sous son souffle, remuant comme les eaux d'un lac. Avec un merci, j'ai suivi la voie qu'il me montrait.

Je suis donc partie vers le sud. Traversant rizière et plaines, je m'arrêtais seulement lorsque la nuit était tombée, et je repartais à l'aube. J'étais seule, infiniment seule. La dernière fois que j'avais parlé à quelqu'un, et cela dans ma propre langue, c'était la veille de mon départ. J'ignorais combien de temps cela faisait. Je ne portais que des guenilles délavées, déchirées. Je n'avais plus toucher au sabre qui pendait dans mon dos depuis une éternité. Depuis longtemps aussi, je n'avais plus vu mon visage, tout comme j'avais arrêté de m'occuper de ma chevelure. Pas étonnant alors, mon silence aidant, que les quelques personnes qui croisèrent ma route se montrèrent méfiantes, parfois même au point de me poursuivre sur quelques lieux, bâtons à la main, tandis que leurs enfants me jetaient toujours des pierres. Je n'en avais cure. Mon esprit se laissait bercer par le vent, et les paysages illuminaient mon regard. Si j'étais semblable à une paria à mon départ, je l'étais finalement devenue au fil du temps. Encore une fois, cela n'avait nulle importance à mes yeux. Je continuais à avancer, suivant le vent, me nourrissant seulement de la chasse, la pêche, et surtout des fruits, baies et racines que je rencontrais. Le surplus, je le rangeais soigneusement dans mon sac de toile, maintenant à moitié déchirée. Quand celui-ci était vide, et que la faim me tenaillait, je ne m'arrêtais pas pour autant. Je devais tout juste avoir la peau sur les os, ce qui devait rajouter à mon air effrayant.

Je suis arrivée ainsi aux montagnes. Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi saisissant. Si la plupart des monts s'arrêtent, ou viennent tout juste caresser les nuages, il en était tout autrement. Leurs tailles rendaient toute évaluation de distance impossible. Alors même que je les voyais distinctement, il me fallut encore plusieurs jours pour arriver dans leurs ombres, et un de plus pour arriver à leurs pieds. Elles déchiraient les nuages, disparaissant hors de vue. Malgré la chaleur, à cette période, on pouvait deviner de la neige sur leurs versants escarpés, composés de roches, falaises, et arêtes aussi tranchantes que des sabres. Tout n'était que démesure. Une démesure naturelle, mais tellement puissante, imposante, improbable qu'à mon esprit, ce ne pouvait être que la demeure d'esprits ou d'un dragon.

Je suis restée deux jours à leurs pieds, me contentant de les observer, de graver chaque roche, chaque cours d'eau dans mon esprit. Pour moi, c'était là le bout du monde. Après tout, qui aurait pu franchir cette chaîne de montagnes, pour vivre au-delà ? Tout simplement personne. Je ne pouvais qu'être à genoux devant ce lieu. Et, malgré tout, je n'avais qu'une envie : marcher sur c'est versant. Non les gravir, juste avancer, encore un peu. M'élever, pour voir le monde comme je n'aurais sans doute jamais plus l’occasion de le voir. C'était plus fort que moi, je sentais mon esprit s'élancer sur les pentes, alors que j'étais toujours immobile. Avancer encore, une toute dernière fois, une dernière journée. C'est ce que j'ai fait. Mes habits pendaient en lambeaux, et mes pieds étaient nus, tout juste couvert d'une bandelette de tissu depuis longtemps déchiré. Je sentais ma peau s'ouvrir à chacun de mes pas, mais l'exaltation me poussait. J'avançais, encore et encore, hissant mon corps décharné dans les hauteurs. La nuit s'apprêtait à tomber, lorsque je sentis quelque chose d'étrange sous mes pieds. Étrange, en ce lieu du moins, car cette chose était terriblement humaine. Dans ma folie, je ne l'avais pas vue, ce temple, perché sur un à-pic. Un escalier de pierre, d'une largeur de ma taille y menait. C'est lui que j'avais commencé à fouler, sans même m'en rendre compte.

Dire que j'étais étonnée est un euphémisme. Là, sur le bout du monde, se trouvait un temple, sans doute occupée, au vu de son état. La curiosité aidant, mon instinct réussit à me pousser à gravir les marches. J'étais à bout de forces en commençant, je franchis les dernières marches en rampant presque. Alors que le soleil était encore haut quand j'étais sur la première marche, il s’apprêtait à se coucher quand je frappais enfin à la porte du temple. Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais. Rien ne pouvait dire qui se trouvait derrière les épaisses portes, et si, même, cette présence était amicale.

Les portes s'ouvrir, et une forte odeur d'encens me sauta aux narines.Les lieux étaient richement décorés, pourtant, les occupants portaient de vieilles toges de couleurs orangées. Ils étaient tous le crâne rasé, et un épais silence régner, tandis qu'à genoux, ils priaient. Celui qui m'avait ouvert la porte me fit signe d'attendre, et retourna s'agenouiller à son tour. Durant l'espace d'un instant, j'ai pensé aux shaolins. Il n'y avait nulle femme, et, de mon avis, cela était tout à fait leurs genres de s'enfermer au sommet d'une montagne. Cette idée disparue bien vite de mon esprit. Tout était ici empreint de paix, de silence, de contemplation. Nulles armes n'étaient visible, et je me sentais honteuse d'emmener ici un objet de mort, qui avait fait couler le sang dans le passé.

J'observais leurs prières un long moment, avant qu'enfin, un gong retentisse. Alors, dans ce même silence, ils se relevèrent, certains conversant à voix basse, d'autres disparaissant dans les couloirs, sans même me prêter attention, à mon grand désarroi. C'est seulement bien plus tard encore, alors que je menaçais de m'effondrer de fatigue à même le sol, que l'homme qui m'avait ouvert vint me chercher. Il me mena dans les longs couloirs, avant de s'arrêter devant une porte. De derrière, une voix à la fois grave et calme nous demanda d'entrer.

C'était un homme d'un âge déjà très avancé qui nous accueillie. Bien vite, il congédia mon guide. Pendant un long moment, il ne parla pas, et j'observai moi aussi le silence. Et puis, sans que rien ne puisse le prévoir, il me souhaita la bienvenue, et les questions commencèrent. Je ne suis pas quelqu'un qui se livre facilement, pourtant, cet homme avait quelque chose de si apaisant que, subitement, je me mis à parler. Je lui racontais mon voyage, mon errance, mes découvertes, l'étrange vieille femme, mais aussi tout le reste, tout ce que j'avais enfoui au plus profond de moi. Mes peurs, mes colères, mes doutes. Il m'avait simplement demandé ce qui m'avait mené ici, pourtant, je ne pouvais me taire. Je lui parlais de mon enfance, ma jeunesse, mes crimes. Il resta silencieux tout le long, alors que la nuit continuait. Pas une seule fois, il m'interrompit, hormis pour me demander quelques précisions, que je m'empressais de lui fournir. A la fin, le soleil commençait déjà à percer à travers les volets. C'était l'aube, et, en une nuit, j'avais tout dévoilé de moi, même mes plus sombres secrets, à un parfait inconnu. Alors que je m'attendais à être jeté à la porte de son temple, il me dit simplement que j'avais mauvaise mine, et qu'il espérait que j'arriverais à trouver le repos dans son sanctuaire. J'ai mis quelques minutes à comprendre. Il ne me jugeait pas. Au contraire même, il me permettait de rester. Moi. Pour la première fois de ma vie, j'avais rencontré quelqu'un qui me connaissait totalement, et qui, pourtant, ne me jugeait pas, ne faisait aucun commentaire. J'étais tellement abasourdie que je me suis laissée mener à une chambre, et c'est toujours perdue dans mes pensées que j'ai dévoré le repas que l'un des moines m'apporta.

Le matin, je me levais en même temps qu'eux. Plus pour faire plaisir à l'ancien que par réel envie, je méditais à leurs côtés. Mon esprit était tellement fatigué par tout ce voyage que, plusieurs fois, je manquais m'endormir : tout n'était que paix et contemplation, l'odeur de l'encens se mêlant habilement au silence présent. Leurs vies étaient simples, à mon grand étonnement, à la différence de la luxure des lieux. Ils se contentaient du minimum, et, hormis les premiers jours où mon estomac criait famine, je ne m'en plaignais pas. Un jour sur deux, en général, je retournais voir le vieil homme. J'aimais sa présence, parler avec lui, ou simplement garder le silence à ses côtés. Au cours de ma vie, j'ai vu beaucoup d'hommes qui étaient définis comme sages. Si, pour certains, ce fut vrai, aucun n'arrivait vraiment à sa hauteur. Ses mots étaient semblables au vent, et ses yeux reflétaient les étoiles. Assis sur son tapis, il était comparable aux montagnes où il habitait. Il était en permanence immobile, mais on devinait facilement un cours d'eau calme coulant le long de sa peau. Il parlait peu, mais il parlait bien, et il était toujours là pour écouter.

Si cet homme sauva mon esprit par sa seule présence, le mode de vie de ce temple sauva sans nul doute mon corps. Depuis que j'avais quitté le Jianghu, enfin, je me suis observée dans un miroir. La première fois, j'ai sursauté : je ne pouvais croire que c'était moi. Dire que mon corps était décharné est faux. Chacun de mes os était apparent, on voyait mes cottes. J'avais de nombreuses cicatrices, écorchures, bleus, et du sang sec couvrait mes genoux et mes pieds. Sous les coups de soleil et la crasse, ma peau était presque noire et partait en morceaux, mais mes yeux semblaient éteint, vide de toute lueur. Mes cheveux n'étaient plus qu'un amas de nœuds, et j'y trouvais même une feuille morte, coincée. Je comprenais mieux chaque bâton, chaque pierre qu'on avait jetée sur ma route, et je n'étais pas en colère. Je les comprenais. Si cette femme, qui ne pouvait être moi, s'était dressée ainsi sur ma route, je pense que je l'aurais moi-même battue, à moins de fuir avant, de peur d'attraper une maladie.

Ma remise en forme fut longue et difficile. Si la crasse disparaissait après un bain, quoique plusieurs dans mon cas, il en était tout autrement pour d'autres choses. Je ne pouvais rien faire pour mes cheveux, alors, à leurs manières, je me contentais de les raser totalement. Quant aux poids, il n'y avait qu'à attendre, en me contentant de dévorer tout ce qui se retrouvait devant moi aux heures de repas. Parfois, je sortais, marchant en discutant avec l'un d'eux. Ils me parlaient de leur vie ici, de leurs méditations, et de ce en quoi ils croyaient. Pour ma part, je leur comptais mes aventures, quoiqu'en cachant leurs raisons. Je leur parlais de l'immense muraille qui s'étendait jusqu'à l'horizon, empêchant toute invasion des cavaliers des steppes, mais aussi du Jianghu, des lieux que j'y connaissais ; cascade, mais aussi mon jardin aux merveilles, où rien n'existait hormis le calme. L'un d'eux en fut intéressé, et proclama même qu'un jour, il s'y rendrait, en espérant y éprouver le même bonheur que j'y avais vécu.

Je ne sais combien de temps cela dura. Je récupérais vite, j'en étais contente. Même si j'étais encore faible, les marches se firent plus longues, et mes os disparurent. Mes cheveux, aussi, repoussèrent rapidement, quoique de manière assez irrégulière au début, ce qui donnait parfois l'impression que je m'étais coupé les cheveux que d'un seul côté. Je continuais à voir l'ancien le soir. Si nous parlions souvent les premières semaines, nous nous contentions surtout de méditer face à face, les yeux fermés, les fois suivantes.

Un matin, peu avant l'aube, on vint me chercher. L'ancien désirait me voir, alors, je me hâtais de le rejoindre. A côté de lui, il y avait un sac en toile où, au vu de la forme, devaient se trouver divers vêtements. J'avais peur de comprendre. Parlant peu, je ne fus pas surprise néanmoins de le voir garder le silence pendant un long moment après mon arrivée. C'est sa question, au contraire, qui me fis hausser les sourcils. Avais-je entendu quelque chose ? Évidemment, ce n'était pas le cas, et je lui en fis part. A nouveau, il reprit le silence, un long moment encore. Ce qu'il dit alors, je m'en souviens, et je pense que je m'en souviendrais toujours. A l'instance même où il a dit ces mots, je les ai sentis se graver en moi.

" Tu as fait un long voyage, jeune femme, mais tout à une fin. Tu as fui tes peurs, cherchant la mort dans des déserts glacés, au-delà de toute forme de vie. D'une certaine façon, tu y es morte. Cette vieille femme t'a emporté avec elle dans sa tombe. Alors tu as erré à tâtons, esprit perdu dans la nature, sans but ni repère. Ce cri funèbre, que tu craignais tant, tu l'as mis à terre sans te battre. La neige l'a figé et le vent a guidé ton corps loin de lui, traînant ton esprit dans son sillage. Mais cela est maintenant terminé. Cela est terminé depuis que tu as frappé à notre porte. Nous t'avons retenu, et ton esprit t'a rattrapé. Nous t'avons gardé, et ton corps est revenu d'entre les morts. Il vint un temps pour tout. Un temps pour vivre, et un temps pour dormir. Maintenant, tu dois t'éveiller. Maintenant, tu dois vivre. Les jours funestes sont maintenant derrière toi. C'est une ombre qui a frappé à notre porte, mais c'est un être vivant qui doit maintenant la pousser. Il est maintenant venu l'heure de quitter le sombre sentier. Dans cette forêt noire, nous t'avons montré la voie, mais tu dois maintenant la suivre. Plusieurs fois, tu nous as demandé ce que tu pouvais faire pour nous remercier de notre aide. La seule chose que nous accepterons toujours, c'est que tu vives, non pour nous remercier, non pour nous flatter, mais pour toi. Fais confiance au vent, qui t'a si souvent guidé. Fais confiance à l'eau, qui coule à l'intérieur même de ta vie. Fais confiance à la terre, qui t'a mis au monde, et qui toujours te soutiendra. Fais confiance aux étoiles, fais confiance au soleil, et plus jamais tu ne t'égareras dans les ombres. Je sais que tu ne le penses pas, mais toute vie à son importance. Celle d'un oiseau autant que la mienne, la mienne autant que la tienne, et la tienne autant que ces montagnes, que les arbres qui t'offrent l'ombre et le repos. Tu dois te relever. Tu dois te réveiller. Tu dois vivre. "

J'ai sourit.

Il avait raison.

C'était l'heure de se réveiller.

Il était temps de rentrer à la maison.
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